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Bruno Daniel, je suis né le 08 mai 1965 à Les Damps, marié, 4 enfants et j'habite notre commune depuis 1993.

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 18:13

12 mars 1792

François Guéroult, architecte rouennais, acquiert l'abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard. Il décide d'y implanter une filature de coton. L'abbaye va servir de carrière de pierre pour permettre la construction de la filature. Certaines pierres sculptées serviront à décorer le parc du château de Radepont. Pour agrandir sa filature et construire des logements pour ses ouvriers, François Guéroult acquiert un peu plus tard les marais entourant l'abbaye. En coupant les arbres, les terrains deviennent moins insalubres, et les terrains commencent alors à être exploités.

Rapport de Louis Passy sur les Progrès de l'Agriculture et de l'Industrie dans l'arrondissement des andelys - 1861
" C'est en 1792 qu'à Fontaine Guérard, une société de négociant de Rouen fit construire une machine à carder et à filer le coton.... Sous la Restauration et le gouvernement de Juillet, de 1820 à 1845, l'industrie prit le plus vis essor. "Voyez, s'écriait en 1845, au concours de Lyons, M. Antoine Passy, voyez s'élever sous vos yeux et avec rapidité ces grandes constructions, remplies d'une population active! Le beau spectacle qu'offrent la vallée d'Andelle et les vallons qui l'entourent n'est-il pas digne de fixer notre attention? Depuis quinze ans le nombre des usines n'a-t-il pas doublé?" Et, effet, l'industrie de la laine et surtout l'industrie du coton, chassant devant elles les moulins à blé dont les roues battaientdepuis un temps immémorial les eaux de l'Andelle, se disputaient déjà avec une noble ardeur toutes les chutes que le cours impétueux de cette féconde rivière accumule à chaque pas" .....
......."A Pont-Saint-Pierre même, à quelques pas des fonderies de Romilly, s'achève un monument tel que l'Europe n'en connait pas de semblable, une filature qui comprend aujourd'hui quarante mille broches en métiers nouveaux, et qui peut et doit, dans un délai très prochain, contenir jusqu'à soixante mille broches."

 

Filature-et-pont.jpg1821

Il existe à Pont-Saint-Pierre deux filatures de chanvre et de laine appartenant à M. Guéroult.

1822

M. Guéroult vend son domaine industriel au baron Levavasseur qui possède plusieurs filatures en Normandie. Charles Levavasseur, ancien administrateur de la Banque de France, exerce les fonctions de juge puis de président du Tribunal de Commerce de Rouen de 1792 à 1799. Levavasseur importait lui même son coton d’Amérique sur ses propres navires qu’il arrimait au Havre. Manufacturier et armateur, il avait également formé à Rouen une compagnie d’assurances maritimes.

1830

Les terrains des marais sont partagés entre les habitants du village et commencent à être exploités.

1842

A la mort du baron Levavasseur, son fils Charles devient propriétaire du domaine.

1844

Charles Levavasseur achète le château de Radepont. Il est alors propriétaire des terrains le long de l'Andelle sur plus de 5 km.

1851

Un premier incendie détruit la filature. Charles Levavasseur décide d'éloigner la filature de l'abbaye de Fontaine-Guérard. Il fait aussi détruire le logis abbatial construit au XVIIIe siècle pour mettre en valeur le bâtiment médiéval subsistant.

1855

Charles Levavasseur, anglophile mystique et quelque peu mégalomane, projette la reconstruction de la filature dans le style néogothique anglais. Pour faire tourner les machines de la filature prévue pour 300 ouvriers, il dévie le cours de l'Andelle et fait construire un canal.

Filature-moutons.jpg1857

Début de la reconstruction de la filature dans le style néogothique anglais. La filature de coton est achevée en 1860 et composée de deux bâtiments de 100 mètres de long, de 25 mètres de large et 36 mètres de haut sur 5 niveaux. Quatre tours sont placés aux angles.  Elle a tout de la cathédrale gothique, de ses fenêtres en forme d'ogive garnies de vitraux à sa façade où trône une rosace. L'autre filature, plus petite, est exactement dans le même style. Pour finir, Charles Le Vavasseur fait creuser un canal tout au long de l'Andelle. L'usine est désormais une île sur laquelle s'élève, majestueuse, son usine comme un lieu sacré coupé du monde profane. Cela donne au bâtiment des allures de cathédrale industrielle.

Dependance-filature.jpg1861

Cependant cette fantaisie n'en est pas tout à fait une : l'eau permet de faire fonctionner les machines hydrauliques. Outre les bâtiments, il fait également construire des bâtiments pour le stockage, deux machines à vapeur et une cité ouvrière.

filature levavasseur 1870L'unique cliché de la filature avant son incendie de 1874


1874

Un feu se déclare dans la grande filature, ravageant tout en à peine trois heures. Découragé et effrayé par ce qu'il considère comme une revanche céleste, Charles passe la main à son fils Arthur. Celui-ci abandonne le grand bâtiment à son sort pour se replier sur la petite filature. La grande filature est abandonnée.

"Le feu prend le dimanche 26 avril 1874, au matin vers 10h30, dans les combles. Quand le premier signal d'alarme fut donné, tous les ouvriers étaient absents. Les deux pompes de l'établissement furent mises en batterie mais les flammes avaient déjà gagné toute la surface de la filature.... Vers onze heure et demi, un bruit épouvantable se fit entendre. C'étaient les planchers des cinq étages qui s'abimaient avec leur métiers jusqu'au rez-de-chaussée. une gerbe de feu rejaillit aussitôt et le second bâtiment fut recouvert de charbons incandescents.
Ce sinistre privera de travail 350 ouvriers."

                                                                            Journal le Vexin du 30 avril 1874


Filature-1874.jpgDébut du XXe siècle

Les descendants du baron Levavasseur vendent le château de Radepont et son parc comprenant l'abbaye de Fontaine-Guérard.

1913

Le feu se déclare à nouveau. Le sort semble s'acharner à mettre en ruine la filature cathédrale. On répare les bâtiments et la filature repart. L'activité bien que réduite, se poursuit.

1920

Jacques, fils d'Arthur, modernise l'entreprise en installant une centrale à plusieurs moteurs diesels. Quand arrive la guerre. L'usine marche doucement.

1937

Jacques fait don de l'abbaye à l'Armée du Salut.

16 décembre 1946

Bernard, le dernier des Le Vavasseur doit faire face à son tour à un ultime incendie. C'est la fin. Il arrête ses activités de tissage, fait installer une turbine électrique et vend son électricité à l'EDF.

1960

Le site est racheté par le département de l'Eure. Le département prévoit la restauration du site pour permettre la visite d'un des derniers témoignages des grandes filatures du milieu du XIXe siècle construites comme des cathédrales industrielles.

1990

La restauration est terminée, et c'est aujourd'hui un lieu de visite. Les touristes comprennent mal le voisinage des restes de quelques mécaniques rouillées au milieu de ses murs d'église protégés par leurs douves. Les initiés, amoureux de l'architecture industrielle, reste quant à eux dubitatifs devant les ruines maudites de la filature cathédrale de Fontaine-Guérard.

2010

Seul un bâtiment (centrale hydroélectrique) est reconstruit à droite du barrage où est installée une turbine fournissant du courant au réseau E.D.F. appartenant à Elbeuf.

filature-2010.jpg

Srce. Arch de Seine Me, Conseil Gl, Patrimoine Industriel E.Roux & G Fessy.

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